Protection de l’enfance, aide à domicile, collèges, jeunesse. Le constat est le même à chaque fois : l’affichage est flatteur, mais les chiffres disent autre chose, et aucun de ces rapports soumis au vote de l’Assemblée départementale ce 28 septembre ne contient d’engagement financier à la hauteur.
Protection de l’enfance : un bilan étonnamment qualifié de « très satisfaisant »
Nous avons lu ligne à ligne le tableau de suivi des mesures du plan 2024-2027 et des préconisations de la mission d’information et d’évaluation (MIE) sur la protection de l’enfance. Il en ressort que seul un quart à un tiers de ces mesures sont réellement réalisées. Plusieurs mesures sont classées « réalisées » alors qu’il s’agit en fait d’abandons, comme la structure expérimentale votée en mars 2024. Quant à la pouponnière décidée à la même date, elle est renvoyée à une simple étude d’opportunité.
Le rapport met en avant une baisse du nombre d’enfants confiés. Elle vient surtout d’un changement de catégorie : les placements à domicile sont devenus des mesures d’AEMO renforcée. Si l’on additionne les deux, le total progresse de 0,5 %. Pendant ce temps, les informations préoccupantes ont augmenté de 10,8 % en un an.
La prévention obéit au même procédé. L’exécutif affiche un budget passé de 9,3 à 17,8 millions d’euros, mais il y range l’AEMO et l’AEMO renforcée, qui sont des mesures ordonnées par un juge. La véritable prévention recule : il y avait 265 Aide éducative à domicile (AED) en cours au 31 décembre dernier. Il y en a 203 au 30 juin. Soixante-deux de moins, soit une baisse de 39 %.
Au 30 juin, 118 décisions de justice n’étaient pas exécutées, un total qui n’apparaît nulle part en tant que tel dans le rapport. Enfin, la loi impose un projet pour l’enfant pour chaque enfant confié. Seuls 21,8 % en avaient un en 2024, et l’objectif fixé pour fin 2026 n’est que de 50 %.
Aide à domicile : les besoins sont évalués, mais le personnel manque
Depuis huit ans, l’aide à domicile recule dans le Doubs, et ce recul est massif. Entre 2017 et 2025, les heures d’intervention réalisées par les services conventionnés ont baissé de 35 %, et le nombre de bénéficiaires de l’APA à domicile de 21 %. Sur la même période, le nombre de Doubiennes et de Doubiens de plus de 75 ans a augmenté de 22 %. Pour le vice-président chargé de l’autonomie, le nombre de personnes dépendantes n’augmenterait pas, parce que l’on vieillirait mieux. C’est une hypothèse commode, mais aucun chiffre ne permet à ce jour de la vérifier.
Ce ne sont pas les besoins qui manquent, ce sont les bras. Près d’une heure d’aide prescrite sur cinq n’est pas réalisée. Cela représente 170 000 à 217 000 heures par an, soit l’équivalent d’au moins 130 aides à domicile. Le métier est féminin à 94 %, 71 % des salariées sont à temps partiel et environ la moitié gagne moins de 1 200 € nets par mois. Le plan renvoie la question des salaires aux employeurs, alors que c’est le Département qui fixe le tarif horaire des services conventionnés.
Collèges et canicule : un plan sans budget
La chaleur a perturbé le brevet, pourtant le rapport ne prévoit ni budget, ni calendrier, ni modification du plan d’investissement. Le programme de rénovation avait déjà été sciemment retardé, et il prend encore du retard aujourd’hui. À Seloncourt, par exemple, 18 mois se sont écoulés entre un dossier prêt et le lancement de l’appel d’offres. Les protections solaires, qui sont le moyen le plus efficace de limiter la chaleur, ne sont pas garanties.
Que va faire le Département ? Demander aux collèges de décaler leurs horaires pour commencer les cours à 6 h, comme cela a été évoqué en commission ? Ou presque rien, comme le laisse entendre la Présidente ? Celle-ci minimise les chantiers à réaliser en affirmant que, dans cinq ans, il y aura 4 000 collégiens de moins et que l’on se demandera alors quoi faire de nos bâtiments.
CAP Jeunesses : les jeunes ont été consultés, leurs réponses ne sont pas toutes publiées
L’ampleur de la consultation est à saluer : rarement autant de jeunes du Doubs auront été interrogés sur leur vie et leur avenir. Mais le rapport n’exploite qu’une partie de leurs réponses. Il ignore des écarts marqués entre filles et garçons : par exemple, 18 % des filles disent ne pas aller bien, contre 8 % des garçons. Il ne dit rien non plus des jeunes confiés à l’aide sociale à l’enfance, dont le Département est pourtant directement responsable.
Près de six jeunes sur dix se disent préoccupés par le changement climatique. On leur a demandé à quoi devrait ressembler le Doubs dans dix ans, mais leurs réponses ne sont pas publiées. Quant à la délibération, elle est vide de sens : elle nous demande d’approuver des engagements que le Département est déjà censé respecter, avant une nouvelle séquence de communication prévue pour la présentation du plan.
Il est temps de passer des annonces aux actes
Sur chacun de ces sujets, le Département et ses partenaires font face à des besoins qui augmentent, avec des moyens qui ne suivent pas. Nos concitoyens attendent autre chose que de la communication : des budgets et un calendrier.
